Quelques fois l'inspiration est là; on la sent, légère comme une brise, elle va, s'en va puis...revient. Quelques fois on écrit...juste pour le plaisir d’écrire…qui à dit qu’il fallait toujours une fin ?
Catherine, c’est un peu ça…l’inspiration subite, fulgurante…sans réel désir d’aller plus loin, juste l’envie de donner « corps » à une idée…
Elle était là ; allongé sur le carrelage froid, les membres tordus ; bras, torse, jambes se contorsionnant à qui mieux mieux, les yeux qui pendaient misérablement hors de leurs orbites offrant ce
spectacle grotesque cher aux amateurs de gore…
j’en aurais presque ris, si la jeune fille étendu la devant moi n’était pas Catherine, ma sœur, ma Catherine…
J’en aurais ris si ses yeux révulsés, son cou noir, ses jambes maculés d’hématomes, ne me hurlaient sa douleur, j’en aurais ris si la fillette de huit ans aux joues baignant de larmes séchées, et aux cuisses dégoulinantes d’innocence, s’était relevé au clap de fin….
j’en aurais ris ; oh oui je vous le jure, j’en aurais ris…
j’étais là debout, pieds nus sur ce carrelage froid, à regarder ma sœur, que la vie avait abandonné. J’étais vide.
Elle était morte, et moi j’étais vide. Elle était morte et moi j’étais non-vivant, mon corps tremblant, regardait ce corps bleuté, mon esprit, lui s’en était allé ; loin, très loin, il voguait aux cotés de ma Catherine…
J’aurais voulu gueuler ma douleur, ma haine, vomir, mon incompréhension…Impossible ! un parpaing ; un putain de parpaing au beau milieu de ma gorge m’empêcher de crier, mes yeux frémissaient ; un fleuve, un océan de larmes se démenait pour dévaler mon visage…et la digue ne lâchait pas.
Un frisson ma caressa. De haut en bas, de gauche à droite, il se promenait sur moi, Butinait par ci- par là mes bras, mon dos…Putain de parpaing ! j’aurais donné ma vie pour crier…
Les minutes passaient, et moi, j’étais toujours là. Les orteils violacés, les poings serrés…
Lentement ; très lentement, le frisson m’abandonna, la vague de larme qui menaçait d’inonder mes yeux se brisa, mon cri se mura en moi.
Tout doucement, mon corps se mit en branle, moi, je reprenais vie. Le sang circulait de nouveau dans mes veines. Non ! laissez moi partir ! mes muscles retrouvèrent de leur force. Je veux la rejoindre ! mon âme était de retour. Ramenez la je vous en supplie !
Mes pieds m’amenèrent auprès d’elle. De ce corps nu qui autrefois était Catherine. Délicatement je m’assis à ses cotés. Sans y prêter attention je glissais mes doigts dans ses beaux cheveux roux ; ses boucles d’habitude polissonnes, aujourd’hui défigurées par le sang.
Allez savoir combien de temps je suis resté là ; assis sur ce carrelage froid, à serrer le corps désarticulé de ma sœur. Je m’imprégnais d’elle, je la laissais entrer en moi, elle vivrait, oui, elle vivrait à travers moi…ma Catherine. Ma petite sœur.
Le téléphone sonna à plusieurs reprises, je le remarquai à peine ; le son n’arrivait à mes oreilles qu’à travers un filtre, une sourdine, comme ses cornes de brume que l’on entend en tendant l’oreille près de la rade…
La rade…je jouais au funambule, faisait semblant de tomber, trébuchait…maman m’appelait,
me faisait jurer de ne plus recommencer…mais dès qu’elle avait le dos tourné…maman aussi m’a quitté…et Catherine, ma Catherine l’a rejoint…
Un grand bruit me fit sursauter. J’avais du m’assoupir. Mes yeux avait du mal à s’habituer à l’obscurité qui régnait…des chuchotements…Autour de nous la nuit avait étendu un lourd linceul que seul un lampadaire venait troubler ; il projetait son halo blanchâtre sur le lit de Catherine, dissipant les ténèbres qui l’entourait, il rendait à l’endroit la pureté qu’il n’aurait jamais du perdre.
Un second fracas m’indiqua qua la porte d’entrée venait de céder. Des lumières, des cris, ces intrus venaient profaner ma veillée. Je ne bougeais pas.
L’une après l’autre des lueurs apparurent devant la porte, elles nous regardaient, sans la moindre pudeur…elles regardaient ma belle Catherine, des cris, des hauts le cœur… ne les écoute pas ma Catherine, tu es la plus jolie, tu es ma jolie rousse qui en fera fondre des cœurs quand elle sera grande, avec ton petit nez retroussé, tes belles fossettes, et ton rire ! oh ma Catherine quand tu ris, le monde s’arrête pour t’écouter !
Sur la pointe des pieds un homme s’approcha de ma Catherine, il avait le teint pale, les yeux affolés, ses lèvres me parlaient, je ne les entendaient pas. sa bouche bougeait dans tous les sens, elle se déformait, s’adressaient aux lumières, se retournait vers moi, me souriait.
Il me souleva, et moi, je me laissais faire. Je me laissais faire comme un enfant, comme l’enfant que je n’étais plus. Oh ; ils pouvaient tous l’entourer maintenant…Catherine était en moi, ce corps n’était plus qu’une poupée de plus dans la chambre, sans vie, sans âme.
ZAZAR (oui, je zozote)
© ZEKAFAR 2007
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